Les fonds sur l’eau naviguent entre rentabilité et bonne conscience

Gilles Petit
Les fonds sur l’eau naviguent entre rentabilité et bonne conscience

crédit photo : Joshua J. Cotten, Unsplash

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Thématique perpétuelle à l’échelle de l’homme, la gestion de l’eau est aujourd’hui souvent associée à celle des déchets. Considérée comme un placement de fond de portefeuille grâce à la récurrence de ses revenus, elle doit néanmoins faire l’objet d’une réflexion approfondie sur l’objectif final poursuivi par l’épargnant-investisseur.

C’est une histoire vieille comme le monde antique. Qu’ils soient Grecs, Romains ou Egyptiens, dès lors que les hommes ont choisi de vivre dans des villes et que celles-ci se sont peuplées, ils ont eu à régler à la fois la question de l’accès à de l’eau non souillée et le problème de la salubrité posé par les ordures. Plus de 7 000 ans plus tard, ces questions sont toujours d’actualité et font les délices des professionnels de la gestion de fonds et des épargnants qui ont fait le choix d’investir ce qui semble être un terrain de jeu quasi-infini. Les données du problème donnent elles-mêmes le tournis. « On estime que 70% de l’Humanité vivra dans des villes en 2050 » rappelle Hervé Thiard, directeur général de Pictet AM, qui souligne également qu’ « au moins 1,4 milliard de personnes n’auront toujours pas accès à l’assainissement de base d’ici trente ans. » Le chiffre d’affaires du secteur de l’eau représenterait à lui seul 1 trilliard d’euros ! De quoi aiguiser bien des appétits mais soulever aussi quelques questions comme celle de savoir pourquoi ce secteur est si faiblement représenté dans l’univers des fonds distribués en France.

De bons résultats

Chez le fournisseur de données Quantalys, la liste de produits étiquetés « Aqua » ou « Water » atteint péniblement une petite douzaine. Pourtant tous, depuis trois ans, font bien mieux que l’indice CAC 40. Sur cette période, le BNP Paribas Aqua dont la gestion déléguée à Impax AM, à Londres, affiche ainsi une hausse de 35,74 % contre 2,23 % pour l’indice parisien (données arrêtées au 22 janvier 2021). De son côté, l’un des doyens de la catégorie, le Pictet Water, gagne lui 129,95% sur 8 ans face à un CAC 40 en progression de 50,13%. Sous le radar, la thématique de l’eau devrait pourtant continuer de dérouler de bons résultats durant de très longues années.

Comme l’indique dans son dernier rapport Dieter Küffer, le gérant du RobecoSAM Sustainable Water Equities, « les moteurs à long terme, dont la croissance démographique, la progression de la classe moyenne mondiale, l'urbanisation, la pollution de l'eau, le vieillissement des infrastructures et le changement climatique sont intacts et ces tendances devraient créer des opportunités de croissance sur la chaîne de l'eau. »

Un manque de clarté

Si les voyants sont donc au vert, reste encore aux épargnants-investisseurs à soigneusement définir leur ligne de conduite. En effet, au-delà de la thématique portée par les fonds, la stratégie diverge parfois assez sensiblement d’une société de gestion à une autre. Quand certains produits mettent volontiers en avant l’impact positif pour l’environnement d’un placement de long terme sur l’eau, d’autres semblent sinon ignorer du moins jeter un voile pudique sur cette question. Un silence d’autant plus regrettable qu’à y regarder de plus près la composition des portefeuilles varie de façon significative. Là où certains gérants s’autorisent par exemple à détenir en quantité non négligeable des titres d’entreprises spécialisées dans les tests (sanguins, industriels) et diagnostics, d’autres rejettent cette option au motif qu’elle introduit un biais de performance. Selon eux le chiffre d’affaires de telles sociétés est davantage porté par la crise sanitaire que par la récurrence des activités liées au secteur de l’eau. En matière d’investissement, le placement dans les fonds « Aqua » ou « Water » n’est parfois pas aussi clair que de l’eau de roche !

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