Le baptême du feu pour le nouveau plan d’épargne retraite

Le baptême du feu pour le nouveau plan d’épargne retraite

Peu après son lancement, le nouveau plan d’épargne retraite (PER) a dû composer avec sa première tourmente financière. Parallèlement, il doit faire ses preuves face à des produits historiques qui peuvent encore être créés jusqu’au 1er octobre. 
 
Quelques mois après son lancement, le plan d’épargne retraite (PER) est confronté à sa première crise. Le coronavirus est venu troubler son installation dans le patrimoine des Français. Les marchés financiers ont chuté. La saison des versements de la participation et de l’intéressement en a été perturbée. Une épreuve du feu pour ce jeune dispositif porté sur les fonts baptismaux, le 1er octobre 2019 et dont l’ambition est de simplifier l’épargne retraite en supplantant les produits plus anciens, avec qui il est en concurrence et ce, jusqu’en octobre 2020. Le PER abrite trois compartiments (individuel, collectif, obligatoire), pour assurer une bonne transférabilité, autrement dit pour pouvoir transférer l’argent placé dans les autres dispositifs. Si l’épargnant détient un PERP et/ou un fonds Madelin, il pourra les loger dans le compartiment individuel. Le Perco dans le PER collectif et l’article 83 dans le PER obligatoire ou catégoriel. Ensuite, les flux d’alimentation viendront des versements volontaires pour le premier compartiment, de la participation, de l’intéressement, de l’abondement de l’entreprise pour le deuxième et des versements obligatoires pour le troisième. Les versements sont déductibles des revenus dans une certaine limite. Seulement, à la sortie, ces sommes seront fiscalisées. Autre attrait du PER, c’est le choix à la sortie : capital, rente, retrait partiel. Un produit donc très complet, pouvant revêtir l’aspect d’un compte-titres ou celui d’un contrat d’assurances, avec la possibilité d’un déblocage anticipé pour un projet de vie : l’acquisition de la résidence principale.
Ainsi doté, son lancement n’est pas passé inaperçu. « Les distributeurs et les CGP ont été très nombreux à suivre nos formations sur la loi Pacte. A la fin de 2019, nous avions organisé une centaine de séances. Lors du confinement, le rythme ne s’est pas relâché. Nous avons poursuivi avec des classes virtuelles. C’est la preuve que l’intérêt pour la matière est grandissant », raconte Mathieu Chauvin, président du groupe de conseil et de gestion Eres, spécialisé en épargne salariale.
En entreprise, le PER collectif a pris rapidement place au sein des TPE-PME. Les grandes entreprises doivent en revanche passer par des négociations sociales. Cela prendra donc plus de temps. Le PER obligatoire prend naturellement la suite de l’article 83. Le jeu est par contre plus ouvert pour le PER individuel, parce qu’il va devoir cohabiter, un certain temps, avec des produits historiques qui ont fait leurs preuves, le PERP et le dispositif Madelin, voire avec l’assurance-vie utilisée le plus souvent pour préparer la retraite. Déjà disponible chez ces derniers, l’enveloppe assurantielle a pris les devants sur celles des comptes-titres, englués dans des problèmes techniques. Ces dernières devraient être disponibles à la fin de ce semestre. Selon la Fédération française de l’assurance, les Français avaient ouvert 84 000 PER au dernier trimestre 2019, trois mois après le lancement, et versé près d’un demi-milliard d’euros (485 millions). Ces données ne concernent que les sociétés d’assurances (hors institutions de prévoyance, Mutuelles relevant du Code de la Mutualité et organismes gestionnaires de Perco).
« Cette loi Pacte et le PER sont une opportunité pour nous. Nous avons déjà proposé des fonds Madelin aux travailleurs non salariés (TNS) et des PERP aux particuliers. Pour certains clients, nous avons fait de la défiscalisation immobilière. Il y avait le frein de la rente avec ces produits de retraite. Avec le PER, il est possible de récupérer son épargne également en capital à l’âge de la retraite. C’est un élément déterminant qui permet à l’épargnant de se sentir plus libre », souligne Christian Le Bellego, gérant du cabinet de conseil en gestion de patrimoine, CLB Patrimoine, à Locminé dans le Morbihan.
En octobre 2019, l’étude « Les épargnants et la loi Pacte » réalisé par Aviva et Deloitte montrait que CGP et épargnants portaient un vif intérêt au PER individuel.
Les premiers, interrogés par Spoking Polls, en chantaient les louanges. Près de 80% d’entre eux avaient l’intention d’inciter leurs clients à en ouvrir un. Les seconds, sondés par OpinionWay, investissaient jusque-là principalement sur des produits non dédiés à la retraite, comme les livrets et les contrats d’assurance-vie, pour préparer leur retraite. 44% des sondés étaient prêts à transférer tout ou partie de leur assurance-vie vers un PER individuel. Sur ce point-là, les CGP n’étaient pas du même avis, puisque les deux-tiers étaient contre ce transfert, alors qu’à 39%, ils conseillaient à leurs clients de transférer plutôt leur contrat PERP et Madelin vers le PER.
« Le PER s’installe sérieusement aux côtés de l’assurance-vie dans la suite des solutions patrimoniales, notamment sur la succession. Dans bien des cas la combinaison des deux est gagnante, pas nécessairement pour la raison à laquelle on croit. Ça peut paraître contre-intuitif mais certaines situations doivent nous amener à privilégier l’assurance-vie pour ses rachats fractionnés en vue de satisfaire le revenu à la retraite tandis que le PER sera conservé pour la succession. On renverse donc les croyances », signale Mathieu Chauvin.
Les distributeurs se familiarisent avec le nouveau PER, en appréhendent ses contours et ses atouts pour l’utiliser au mieux dans les stratégies patrimoniales. Pour l’heure, il n’est pas question de sacrifier les produits historiques. Ils peuvent se révéler précieux dans certains cas et tellement attachants dans d’autres, car le client est engagé contractuellement dans le temps. La concurrence va jouer à plein jusqu’au 1er octobre 2020, date à laquelle il ne sera plus possible de créer des PERP et des dispositifs Madelin.
« Dans certains cas, le PERP reste plus avantageux que le PER individuel, notamment à la sortie avec les abattements fiscaux, et que le dispositif Madelin beaucoup moins souple, même pour les TNS, signale Emmanuel Narrat, dirigeant fondateur du cabinet de conseil en gestion de patrimoine Haussmann Patrimoine. Nous proposons à nos clients soit de verser de nouveau sur leurs PERP, soit d’ouvrir un PER, selon qu’ils souhaitent privilégier la sortie en capital ou la fiscalité la plus faible à la sortie. » Dans les premiers mois qui ont suivi la création du PER, les zones d’ombre étaient nombreuses. « Nous avons parfois préféré conseiller à nos clients d’attendre 2020 pour utiliser ce dispositif. Aujourd’hui nous avons obtenu beaucoup de réponses et nous disposons d’une offre large de contrats avec de belles gammes de fonds financiers et supports immobiliers, et d’options pour répondre aux attentes d’épargnants aux profils variés. Certaines compagnies ont d’ores et déjà annoncé qu’elles arrêtaient la commercialisation du PERP bien avant la date du 1er octobre. Ceux qui souhaitent prendre date sur un PERP doivent le faire sans tarder », poursuit-il. Des zones de flous demeurent. « Le marché doit travailler encore sur la décumulation de l’épargne arrivée à l’âge de la retraite. L’épargnant ne peut pas tout percevoir au risque de franchir des tranches d’imposition », fait remarquer le président d’Erès.
Par ailleurs, le cataclysme boursier provoqué par la Covid a fait remonter en flèche l’aversion au risque. « Aujourd’hui, nous sommes dans le maelstrom, avec une grande interrogation : reviendra-t-on dans un monde normal ? Le développement des PER devrait en souffrir. Les discours doivent changer. Les distributeurs ne peuvent pas dire qu’il n’y a pas de risque. Les gens l’ont vécu dans leur manière de vivre, dans leur patrimoine et ils ont parfois vu des proches mourir, décrit David Charlet, président de l’Association nationale des conseillers financiers (Anacofi). Les crises financières entraînent toujours un phénomène de sidération. Pendant six mois environ, les clients ne bougent plus. Ils attendent de voir clair. Puis, ils reviennent vers les CGP pour reprendre tout à zéro. »

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